Pourquoi le Gobi ?

Notre question initiale était : « pourquoi génère-t-on des déchets en buvant de l’eau hors de chez soi ? »

Cela nous a amenés à nous demander s’il ne fallait pas créer une nouvelle façon de boire de l’eau ? Cette démarche passait par une réinvention de la bouteille…et réinventer la bouteille n’avait de sens qu’en créant une communauté et un réseau !

Pour s’hydrater, schématiquement, il y a le verre à table, la gourde en montagne et les gobelets et bouteilles jetables pour tous les autres besoins : bureau, cinéma, lycée, train, … Ces autres besoins sont tellement nombreux et en croissance que 2 milliards de gobelets sont jetés chaque année et environ 7 kilogrammes de bouteilles par an et par personne dont 20% de petits et moyens formats. Une manne économique aussi importante que les nuisances environnementales générées…
Nous nous sommes interrogés sur l’alternative à apporter à ce gaspillage en estimant que le jetable était une solution d’hier. Nous avons observé les solutions réutilisables existantes en nous demandant pourquoi elles n’avaient pas réussi à déloger (autrement qu’à la marge) les gobelets dans les entreprises et les bouteilles dans les sacs de filles.
Nous avons identifié 3 raisons :

1-Le Design

Les gourdes et bouteilles réutilisables sont généralement conçues pour la montagne, le sport, le plein-air. Et ne s’intègrent pas naturellement dans le quotidien, le bureau et la ville. Elles posent de surcroît des problèmes de personnalisation : comment savoir à qui appartient quelle gourde ?

2-La Mobilisation

Les expériences de remplacement des gobelets par des gourdes dans les entreprises ont été vécues comme des contraintes : il ne suffit pas de se dire meilleur pour l’environnement pour être adopté. Il faut accompagner ce changement.

3-Le « Réseau »

L’accès à l’eau sans emballage est très compliqué: on ne sait pas ou sont les fontaines et les points d’eau, et les lieux proposant l’eau sans la bouteille sont trop peu nombreux.

Gobi est né en pensant ces 3 enjeux à la fois. L’innovation réside dans la combinaison du produit et de son éco-système. L’objectif est de susciter un changement de mode de consommation, une nouvelle façon de boire de l’eau.

Gobi veut contribuer à la politique de prévention des déchets, priorité de l’Ademe en application des orientations du Grenelle et de la politique européenne des déchets.

Nous souhaitons nous inscrire dans les plans locaux de prévention qu’établissent actuellement les collectivités locales, contribuer aux projets des éco-quartiers et éco-cités et surtout faire naître une communauté d’utilisateurs et un réseau de partenaires le plus vaste et varié possible.

Aujourd’hui, il faut réussir à réduire nos impacts en inventant des solutions créatives et communautaires avant de penser recyclage ou «biodégradable» : changer plutôt que corriger, éviter le déchet plutôt que le recycler.

Recycler, c’est bien. Éviter, c’est mieux.

Le Gobi a été pensé en partant des usages et pour s’adresser au plus grand nombre. C’est en étant utilisé tous les jours que le Gobi permettra de réduire les déchets et en étant utilisé par le plus grand nombre qu’il aura un impact significatif.

Nous avons observé nos habitudes, celles de nos collègues, de nos familles et des gens autour de nous pour identifier toutes les utilisations de gobelets et bouteilles jetables. Nous leur avons demandé s’ils avaient déjà utilisé des gourdes, pourquoi, lesquelles, leurs feedback et attentes. Nous avons travaillé avec un sociologue expert des comportements de consommation sur les référents (la bouteille, la carafe, le verre, …) dans l’univers de la consommation d’eau et toutes les images et connotations qui y sont attachées.

Cédric Ragot, notre designer, et son équipe ont travaillé en partant des usages et attentes en termes de forme, hygiène et fonctionnalités. Leurs propositions ont été soumises à un groupe de 100 personnes qui a bénévolement joué les cobayes et affiné les directions. Le Gobi est la première bouteille réutilisable adaptée au bureau, à nos déplacements et activités du quotidien. Cela se traduit par les caractéristiques suivantes :
– il est transparent parce qu’il est important pour les utilisateurs de voir l’eau et s’assurer de la propreté
– il pèse moins de 140 grammes et mesure 21 cm pour tenir facilement dans un sac ou une sacoche tout en offrant 40 cl ce qui correspond à la consommation moyenne pour une matinée ou une après-midi
il a un goulot simple et un peu large parce que tout le monde «sait» boire avec un goulot simple, que c’est facile à remplir et à nettoyer.
– il a un système de personnalisation breveté qui permet de reconnaître son Gobi parmi des centaines d’autres à l’école ou au bureau (sans altérer le design) et de s’approprier son Gobi
il a une petite anse en forme de goutte qui permet de l’attraper, le tenir ou d’y accrocher une lanière.

Son design rompt avec les codes du sport et de la randonnée pour bien s’intégrer dans un bureau et dans les univers urbains.

Le Gobi est un cas d’école d’éco-conception :
– un programme de recherche et de tests de 4 mois a été mené pour identifier les enjeux environnementaux et sanitaires;
– nous avons travaillé avec la société coopérative Mu pour évaluer en amont les impacts environnementaux associés au cycle de vie du Gobi.
Cela nous a permis de valider que le Gobi est une solution performante sur tous les indicateurs (épuisement des ressources, émissions vers l’air, l’eau et le sol) (sauf sur l’utilisation de l’eau puisqu’il faut le laver au lieu de le jeter.

Pour garantir l’hygiène tout en évitant une surconsommation d’eau, nous avons travaillé sur les recommandations d’entretien avec Proj&eau, spécialiste hygiène et environnement et des laboratoires d’analyse.

Enfin, l’éco-conception préventive nous a permis d’identifier les pistes pour optimiser l’emballage : il sera minimal pour les achats par Internet et «massifié» pour les livraisons en B2B.

Le Gobi est sans BPA et réutilisable en toute sécurité pendant plusieurs années La question du matériau pour le corps du Gobi nous a beaucoup occupés et a entraîné de gros investissements. Nous avions 2 exigences majeures :
– la sécurité sanitaire : BPA, phtalates, … les plastiques les plus répandus ont suscité des inquiétudes ces derniers temps et nous ont amené à renoncer au polycarbonate (BPA) et au PET – et donc au rPET, le plastique recyclé le plus courant (en raison de questionnements sur l’antimoine, les formaldhéydes et des perturbateurs endocriniens) et à chercher des alternatives innovantes.
– la durée de vie : plus on utilise un Gobi longtemps et plus il évite de générer de déchets. il fallait donc un matériau solide et qui résiste bien à l’utilisation quotidienne et aux lavages répétés. Au Gobi de prouver que plastique ne rime plus forcément avec cheap!

Notre programme de recherche a consisté à faire établir un panel de matériaux répondant à ces 2 contraintes puis de baser le choix sur l’analyse environnementale des matériaux sélectionnés. Nous avons fait travailler 3 types d’experts :
– les ingénieurs du département R&D du Pôle Européen de la Plasturgie,
– une Docteur en pharmacie spécialisée sur les questions de sécurité sanitaire des matériaux plastique
– et enfin un laboratoire de tests spécialisé sur les enjeux sanitaires de l’eau par rapport à un contenant.

Ce programme de recherche nous a amené à renoncer aux matériaux agro-sourcés (c’est-à-dire issu de végétaux) car aucun, à ce jour, ne remplissait à la fois nos critères de résistance et nos exigences en termes environnementaux (plantes peu gourmandes en eau, non-OGM, entraînant une trop forte utilisation de terres agricoles, …)

Nous suivons avec attention le développement d’agro-matériaux qui seraient validés pour le contact alimentaire et adaptés à une bouteille réutilisable. Il nous semble aussi potentiellement contre-productif de laisser penser qu’un matériau pourrait être jeté dans la nature et se biodégrader tout seul…

Gobi n’a de sens que si les gens l’utilisent : faire un objet durable «en soi» n’a pas grand intérêt, il est tout aussi important d’accompagner le changement pour faire naître un nouveau mode de consommation.

C’est pour faciliter l’utilisation du Gobi que nous avons décidé d’offrir des services aux utilisateurs de Gobi :
– Begobi, la communauté d’utilisateurs de Gobi sur Internet
Rejoindre la communauté des utilisateurs c’est pouvoir partager avec les autres membres du réseau ses idées et réalisations en terme de personnalisation. C’est pouvoir aussi voir de manière agrégée les réductions de déchets réalisées par l’ensemble des membres de la communauté, en fonction du profil de chacun – pour que chacun ait conscience qu’il est une partie de la solution.

Découvrez BeGobi, la communauté des utilisateurs de Gobi !

– Une cartographie des points d’eau
L’adoption de Gobi ne fonctionne que s’il est facile de trouver de l’eau lors de ses déplacements en ville ! Pour accompagner le développement de Gobi, nous sommes en train de développer une solution de cartographie des fontaines et points d’accès à l’eau partout en France.
Ces informations seront disponibles sur Internet et par l’intermédiaire d’applications mobiles sur les principales plateformes (iPhone, Android, WindowsPhone)

Découvrez Eaupen, le réseau des points d’eau !

Ces 2 initiatives nous semblent nécessaires afin de favoriser la naissance d’un sentiment d’appartenance à une communauté, qui démultiplie l’usage du Gobi. L’utilisateur n’est pas dans une démarche isolée,mais appartient a un mouvement collectif avec un impact concret en termes de prévention des déchets. Il a la possibilité – facultative – de participer et d’échanger avec les autres utilisateurs, pour renforcer son intérêt dans le dispositif.

L’utilisateur peut aussi s’investir davantage, en signalant les espaces non répertoriés dans sa ville, et en proposant d’autres lieux qui pourraient accueillir des points d’eau ouverts à tous : boutiques, association, etc. L’utilisateur devient alors ambassadeur de la solution.

Nos sources et nos calculs :

1-Les Gobelets

Les professionnels des fontaines à eau et les sites de ventes de gobelets nous ont donné les chiffres suivants :
– la consommation moyenne est de : 76 litres pour 30 personnes par semaine (4 bonbonnes de 19 litres) ; soit 2.5 litres par personne / semaine ; soit 0.5 litre d’eau par jour / personne consommée au bureau (source : industriels fabricants de fontaines).

– un gobelet est rempli en moyenne de 15 à 18 cl d’eau (la contenance standard est de 20 cl que personne ne remplit à ras-bord afin de ne pas en renverser la moitié dans le couloir, sur son bureau ou les dossiers qu’on a sous le bras) : pour boire 0.5 litre d’eau par jour, nous utilisons chacun en moyenne 3 gobelets par jour

– en France, on travaille entre 44 et 46 semaines par an, soit en moyenne 225 jours par an : avec une consommation moyenne de 3 gobelets par jour, chaque salarié utilise donc en moyenne 675 gobelets par an que nous avons ramenés à 650 gobelets par salariés et par an afin de tenir compte des journées d’absence et déplacements.

– en tout 2 milliards de gobelets sont utilisés annuellement en France pour les fontaines à eau et les gobelets (eau et cafés) représentent 16 000 tonnes de déchets annuels (source : eco-collectoor)

– un gobelet pèse entre 3 et 8 grammes (d’après les dizaines de sites de ventes observés, le poids dépend de la contenance mais surtout du matériau : les gobelets traditionnels non-recyclés en PS et PP sont moins lourds que les gobelets en agro-matériaux type PLA)

– la consommation annuelle de gobelet d’un salarié génère entre 1.9 et 5.2 kilos de déchets par an
en prenant le poids moyen d’un gobelet en plastique standard (4 g), on peut estimer que chaque salarié génère en moyenne 2.6 kilos de déchets en gobelets par an

– le prix des gobelets varie très substantiellement en fonction de leur nature (gobelets issus d’agro-matériaux ou en PS, PP, PET classiques) et du volume commandé. De manière générale les entreprises et organismes de bureau ne stockent pas de gros volumes de gobelets et se réapprovisionnent au moment des changements de bonbonnes ou de contrôle des fontaines.
les prix observés se situent entre :

– gobelets en plastique standard : de 7 € (dégressif au-delà de 5000) à 36 € les 1000 avec un prix moyen de 24 €
– gobelets en agro-matériaux : de 41 à 60 € les 1000
– gobelets en carton : autour de 94 € les 1000
sur la base du prix moyen de 24 € pour 1000 gobelets, une entreprise dépense en moyenne 15 € / an / salarié

2-Les Bouteilles

Bouteilles
L’Ademe, les organismes de collecte et recyclage ainsi que les fédérations d’eau en bouteille donnent les chiffres suivants :
Les déchets de bouteille représentent environ 7 kilos par an et par habitant (estimation basse : les chiffres varient de 5.7 à 12 kilos selon les sources)
20% des bouteilles vendues sont des « petits formats » ( de 20 cl à 1l) utilisés hors domicile et hors repas (Marché des eaux en bouteille 2010) : les bouteilles destinées à l’hydratation hors domicile représentent donc environ 1.5 kilos de déchets par an et par personne
Une bouteille petit format pèse en moyenne 26 grammes (bouteille 50 cl pesée à vide), on peut donc estimer que 1.5 kilo de déchets correspondent à une moyenne de 70 bouteilles petites et moyen format par an et par habitant, soit 1.2 par semaine.
les bouteilles petites et moyen formats vendus à l’unité hors domicile coûtent entre 1 et 5 et + € (prix extrêmement variables pouvant atteindre des sommets pour les eaux exotiques ou enrichies en oxygène ou …) : pour 70 bouteilles par an, on peut estimer un coût global entre 75 et 100 € par an et par personne
Sources «chiffres déchets de bouteille»
Les chiffres en termes d’évaluation du nombre de kilos de déchets de bouteilles par an et par Français sont variables, voici les principales sources :
« Buvez l’eau du robinet plutôt que de l’eau en bouteille. Cela permettra d’économiser jusqu’à 170 000 tonnes de plastique par an. En une année, chaque personne consommant habituellement de l’eau en bouteille pourra ainsi réduire ses déchets de 12 kg »
> Source : ADEME
« L’eau du robinet est disponible sans emballage. Par rapport à l’eau embouteillée, cela permet d’économiser environ 10 kg de déchets par an et par personne. »
Source : Ministère de l’écologie, du développement durable, des transports et du logement : Pour en savoir plus consulter la fiche « Choisir l’eau du robinet »
« les chiffres 2009 de la consommation responsable » de Mes Courses pour la planète, l’eau du robinet, qui ne requiert aucun emballage, donc pas de pétrole, permet d’économiser environ 10 kg de déchets par an et par personne par rapport à l’eau embouteillée.
Source : L’Express le 14/04/2010 http://www.lexpress.fr/actualite/societe/environnement/eau-en-bouteille-ou-du-robinet-le-match-en-chiffres_859054.html

On retrouve également le chiffre de 10 kilos sur le site de Goodplanet, la fondation de Yann Arthus Bertrand : http://www.1010.fr/r%C3%A9solutions/gestes-10-10-dechets

« en préférant l’eau du robinet à l’eau minérale, une famille de 4 personnes s’épargne le transport de 1400 bouteilles d’eau par an et 35 kg de déchets (soit 8.75 kilos / personne) – Calcul avec la consommation d’une bouteille d’eau par jour par personne pendant 1 an, et poids moyen d’une bouteillle de 25 gr »
Source : France Nature Environnement : http://www.fne.asso.fr/fr/semaine-europeenne-de-reduction-des-dechets-liberons-nous-de-nos-dechets.html?cmp_id=33&news_id=1886

Enfin l’étude Modecom de caractérisation des ordures ménagères et assimilés menée par l’Ademe en 2007 et dont les résultats ont été publiés en 2009, indique un chiffre de 5.7 kilos pour les bouteilles et flacons en PET en précisant que « les données présentées sont toutes associées à une marge d’erreur plus ou moins importante, seuls peuvent être retenus les tendances et les ordres de grandeur »